05 mars 2009
Jeu vidéo et dépendance, encore...
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L'assemblée nationale examine actuellement un projet de loi sur la santé : le texte 1210, auquel ont été greffés un certain nombre d'amendements -dont un concernant le jeu vidéo (183).
Présenté par huit députés, cet amendement propose la mesure suivante : « Lorsqu’un jeu vidéo présente un risque en matière de santé publique en raison de son caractère potentiellement addictif, le support et chaque unité de son conditionnement porteront [...] un message de caractère sanitaire.»
On pourrait donc imaginer un bandeau imprimé sur les pochettes de jeu, avec la phrase « ce produit peut entraîner une dépendance ». Tout comme un paquet de cigarettes...

Pourquoi cette nouvelle signalétique? Nos députés invoquent le manque de clarté du système PEGI (Pan-European Game Information) qui fournit des recommandations sous forme de pictogrammes imprimés sur les boîtes. Il faudrait donc un message de prévention supplémentaire sur les risques d'addiction que pourraient entraîner certains jeux vidéo.

Cet amendement est une très mauvaise idée pour trois raisons
1. Il est confus, à la fois dans sa proposition et dans son analyse :
Dans sa proposition : quels seraient les jeux concernés par cet avertissement sur l'addiction? Qui les sélectionnerait et selon quels critères?
Dans son analyse : nos députés mélangent allègrement un supposé problème de lisibilité des indications PEGI et un débat mêlant cyber-dépendance et addiction, notamment dans le cas des MMO (Jeux en ligne massivement multijoueurs).
2. Cet amendement est également une mauvaise idée, car il est mal informé.
Et pour cause : il n'existe pas aujourd'hui d'études épidémiologiques portant sur l'ensemble des addictions. Pas très sérieux, surtout à l'heure où les cliniciens tendent à penser que l'addiction au jeu vidéo, réellement constatée dans certains cas extrêmes, est une conséquence de troubles antérieurs, et n'est pas directement liée à la pratique du jeu en soi.
3. Ce qui m'amène à la troisième raison pour laquelle cet amendement n'a pas lieu d'être :
Il est profondément injuste. Pourquoi stigmatiser le jeu vidéo plutôt que la télévision, par exemple? Selon les dernières estimation chaque français passe en moyenne plus de 3h devant son poste... De manière générale, de nombreux hobbies peuvent devenir accaparants. Le jeu vidéo n'est que l'un d'entre eux, et comme tout hobby, il doit être encadré, notamment chez les plus jeunes, par leurs parents.
Les attaques subies par le jeu vidéo ces dernières années font penser à une chasse aux sorcières. Les caractéristiques y sont : le manque de concertation, la peur, l'ignorance et l'excès.
Cette montée au créneaux injustifiée a également tous les inconvénients : elle transforme l'industrie du jeu vidéo en lobby (avec ce que ça implique de crispation, mais aussi de mauvaise foi) ; elle rajoute, surtout, de la confusion à un débat qui mériterait plus de recul et de sérénité. Un jour ou l'autre, une nécessaire réflexion de fond devra être menée sur un media dont l'importance économique s'accroit d'année en année.
Mais le jeu vidéo n'est pas seulement un produit de consommation. C'est aussi un moyen d'expression et un bien culturel, tout comme le cinéma ou la littérature. Évitons-lui le sort d'un paquet de cigarettes.

